Histoire de l'autopartage |
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À V E N I R
Chapitre I DE
LIDÉE À LA PRATIQUE Chapitre II PREMIÈRES
EXPÉRIENCES DIMPLANTATION (à
venir) Chapitre III NAISSANCE
DUN MOUVEMENT (à
venir) Chapitre IV LEXPÉRIENCE
AMÉRICAINE (à venir) Chapitre V EXPÉRIENCES
CONNEXES (à venir) |
Chapitre I DE LIDÉE À LA PRATIQUE Qui a inventé lauto-partage ?
La question peut paraître banale, mais comme pour beaucoup de
questions simples la réponse lest moins. De fait, lidée
a été avancée dans de nombreux pays et, contrairement
à ce que lon croit souvent, les services qui existent aujourdhui
ne sont pas issus dune génération spontanée :
ils sont plutôt le fruit dune longue et difficile évolution.
Dailleurs, ce qui surprend le plus, dans lhistoire de lauto
partage, cest de constater combien cette formule de transport,
qui paraissait si simple dapplication a priori, a généré
déchecs avant de devenir réellement opérationnelle. Dans son texte précurseur, intitulé « À propos de circulation urbaine », publié dans la revue Urbanisme, en France, en 1951, lingénieur et Architecte-Urbaniste Jacques dWelles propose la création, dans ce quil appelle les C.A.E., cest à dire les «capitales anciennes évoluées», dune «Société de transport en commun» «dont le but essentiel serait doffrir au citadin la possibilité de se dégager précisément du moyen de transport en commun classique (par autobus ou chemin de fer) en lui permettant de se servir de voitures individuelles». Cest que les villes européennes, à lépoque, étaient déjà aux prises «avec le problème de plus en plus inextricable de la circulation». Avec cette proposition, dWelles devenait le premier à souligner lintérêt dinstaurer une forme de partage des véhicules, afin den diminuer le nombre. Pour justifier sa proposition, dWelles mettait en relief les problèmes causés par la prolifération de lautomobile : « [...]. La circulation devient de
jour en jour plus difficile » [...]. « À
chaque augmentation du parc de 1000 voitures visiteuses, correspond
la nécessité de trouver dix kilomètres de trottoirs
daccostage nouveaux » « [...] il faut prendre des mesures draconiennes si lon veut maintenir tous les avantages qui étaient, il y a vingt ans, ceux de lusage de lauto et qui sont grignotés chaque jour » [...] » DWelles, dans son article, allait encore plus loin et proposait le développement dun type de véhicule spécialement conçu pour la circulation en ville. Il devenait ainsi lun des précurseurs de ce que lon désignerait plus tard en France par les termes de « voiture banalisée ». Cette voiture de ville, que dWelles appelait « la citadine », se devait ainsi dêtre monoplace, à vitesse limitée, sans klaxon et à propulsion électrique. De plus, « son poids et sa forme auraient dû lui permettre daccéder à des monte-charge verticaux de faible encombrement desservant des garages en hauteur et en profondeur, publics et privés». DWelles proposait du même coup que la voiture de tourisme conventionnelle soit reléguée dans de vastes garages situés en périphérie de « la cité », à la naissance des « autostrades », et que sa circulation en ville soit réglementée ». Le système de transport imaginé par dWelles aurait fonctionné ainsi : Un abonné de la société se présente, il monte dans la première «citadine» disponible, son carnet dabonné est pointé, avec inscription du numéro de la «citadine», de lheure, du kilométrage, etc. Il sen sert à sa guise soit pour faire des courses successives, soit en la gardant en stationnement intérieur (ou extérieur autorisé), soit en faisant des courses simples successives, mais en remisant après chacune delles sa voiture à une station-garage de la Société. Chaque fois quil remet sa voiture à une station et quil en reprend une nouvelle à une autre, son carnet est pointé avec inscription. À la fin du mois il reçoit sa note de transport, comme sa note de consommation de gaz (DWelles, 1951). En 1956, dans la revue des Ingénieurs des ponts et chaussées, une variante de ce système fut proposée par M. Antoine Martin, à lépoque ingénieur en chef des ponts et chaussées (Magnan, 1977). Entre 1955 et 1960, plusieurs auteurs y allèrent de leurs propres suggestions. Vers 1960, un autre système dun genre analogue fut proposé par MM Viard et Bouffort. « Doté dun comité de patronage bien choisi, et bénéficiant dune certaine publicité (notamment un article dans «Match»), ce projet paraissait même voué à un bel avenir ». (Magnan, 1977). Selon Magnan (1977), toutes ces contributions créèrent plus de confusion quelles napportèrent daide au système de dWelles. Un fait demeure, cependant, cest quon en parlait... La «voiture banalisée» était évidemment loin de faire lunanimité, en France. Ainsi en 1962, une consultation des Pouvoirs publics, réalisée pour le compte du Conseil Supérieur du Ministère de la construction, mettait en lumière les réticences des fonctionnaires à ce sujet. Parmi les arguments négatifs invoqués, lun deux fut caractéristique du conservatisme entourant cette question : « ...dailleurs, si ce système na pas encore été réalisé nulle part, il y a bien une raison !... » « Pour ne pas dire un vice ! » (Magnan, 1977). La proposition de dWelles (1951), bien que nous ne soyons pas en mesure de lui en attribuer tout le mérite, eut malgré tout des suites non négligeables. Cest le cas, notamment, des projets dimplantation de services de «taxi sans conducteur» dont il sera question plus loin, à Montpellier et à Amsterdam. Ces services constituent des exemples dapplications plus ou moins heureuses de cette proposition. Des projets encore plus ambitieux ont également été mis sur pied, plus récemment. Cest le cas des projets Matra/Aramis-Paris et du programme Dédale, en France, qui visaient à étudier lensemble des problèmes techniques et organisationnels reliés à limplantation de tels systèmes de transport à grande échelle. Parent et Texier (1992) signalent de nombreuses autres initiatives passées, en cours, ou encore à venir autant aux États-Unis, quen Italie ou en Suède. Les «Station Cars» américains, le projet pilote ayant présentement cours dans la ville de Tours et dont il sera question plus loin, le projet Praxitèle (récemment abandonné) et le développement de la «citadine» dénommée « Tulip » par la compagnie Peugeot (Adine, 1995) sinscrivent tous, également, en droite ligne dans cette lignée dexpériences.
Dans leur article «Restructuring the form of car ownership : A proposed solution to the problem of the motor car in the United Kingdom», Fishmann et Wabe proposaient, en 1969, rien de moins que limplantation, à Londres, dune multitude de garages communautaires où auraient été garés des véhicules disponibles à lensemble des résidents de la ville. Ces voitures devaient se substituer aux véhicules possédés individuellement par les ménages. Pour Fishmann et Wabe, cette mesure devait permettre aux Londoniens de conserver leur niveau de mobilité tout en y consacrant un minimum de ressources. Lusage des modes de transport autres que lautomobile aurait été priorisé pour circuler dans les zones fortement urbanisées de lagglomération. Outre le fait que celle-ci ressemble davantage que la proposition de dWelles aux services dauto-partage existant aujourdhui, lintérêt de la contribution de Fishmann et Wabe réside surtout dans le fait quelle découle dune analyse économique approfondie de la problématique des transports. Ainsi, selon ces auteurs, le déséquilibre croissant observé dans lhistoire, entre lusage des services de transport publics et celui de lautomobile, résiderait, pour une bonne part, dans la structure des coûts respective de ces deux biens ou services. Fishmann et Wabe expliquent que le propriétaire dune voiture réfléchit, en général, en terme de coût marginal, lorsquil a à choisir entre lusage de sa voiture ou lusage dun autre mode (généralement public) pour effectuer un déplacement : dans la plupart des cas, surtout pour de courtes distances, seul le prix de lessence entre en considération. Ainsi, quand bien même le coût moyen réel (par kilomètre) de lutilisation de la voiture dépasse généralement le coût du transport en commun, cette réalité est rarement prise en considération par le propriétaire dune automobile. Dun côté on tient compte de la totalité des coûts. Cest le cas des modes de transports publics. De lautre, on ne tient compte que dune fraction des coûts en faisant généralement abstraction de tous les frais fixes, moins apparents, qui ne sont pas directement imputables à un trajet précis (coût dachat du véhicule, frais dimmatriculation, assurances, etc.)... Fishmann et Wabe précisent, par ailleurs, que les automobilistes nont pas tort, empiriquement, de raisonner ainsi. En effet, plus on roule avec une voiture, moins elle nous coûte cher par kilomètre. Le propriétaire dun véhicule a donc intérêt à utiliser sa voiture le plus possible sil veut amortir les coûts fixes relativement importants reliés à son achat et à son utilisation. En termes économiques on peut résumer ainsi la situation : comme le coût marginal est inférieur au coût moyen, chaque kilomètre additionnel parcouru contribue à faire diminuer le coût moyen dutilisation du véhicule. Dans cette optique, la logique économique qui découle du comportement des consommateurs est implacable et la politique du laisser faire ne peut que tendre à perpétuer et accroître létat de dépendance des sociétés modernes envers le transport privé. Pour Fishmann et Wabe il importait donc , autant que possible, de dissocier lutilisation de lautomobile de son caractère privé. La «voiture partagée» était présentée comme un bon moyen pour changer la structure des coûts associés à lusage de lautomobile. En favorisant le développement dun service qui éliminerait la nécessité dêtre propriétaire dun véhicule pour en avoir lusage, on pourrait appliquer, sur une grande échelle, une formule de tarification des véhicules individuels reflétant leurs coûts moyens dutilisation (le coût de la location) plutôt que le coût marginal. De cette façon on éliminerait, sans pénaliser le consommateur, un biais important qui influe sur le choix modal de la population, et empêche les forces du marché de mener à une utilisation optimale des ressources. Au risque de simplifier à outrance, on pourrait résumer ainsi la pensée de ces chercheurs : «la propriété dun véhicule encourage son utilisation». Cette maxime allait dailleurs simposer plus tard au point de constituer aujourdhui lune des clés de la raison dêtre du mouvement de lauto-partage à travers le monde. Bien
que dautres chercheurs britanniques se soient également
intéressés à la question, à la même
époque (Reports of the Steering
Group and Working Group appointed by the Minister of Transport, 1967; Lewis, C. Beaumont, 1974), la proposition
de Fishmann et Wabe est
restée lettre morte en Angleterre, du moins en terme de réalisation
concrète. Le grand mérite de ces auteurs reste donc, avec
le recul, davoir été les premiers à exprimer
publiquement les bases théoriques du potentiel que représentait
la voiture partagée, pour sattaquer au problème
des transports en milieu urbain.
Le projet « Minicar Transit System » qui a été mis en branle à partir de 1967, constitue encore, à ce jour, leffort concerté le plus important et le plus ambitieux jamais réalisé dans le but dévaluer la pertinence et la faisabilité dimplanter un service de partage de véhicules à grande échelle dans une agglomération importante, ici Philadelphie. Ce travail mettait à contribution les ressources du gouvernement et de lindustrie. Il avait été financé à laide dune subvention de 300 000 $ provenant de la Urban Mass Transportation Administration (UMTA). LUniversité de Pennsylvanie agissait à titre de maître doeuvre. Même la compagnie General Motor prenait part au projet au point den constituer lun des plus importants partenaires (University of Pennsylvania, 1970). La démarche avait été planifiée comme un effort interdisciplinaire de recherche. Lobjectif était de concevoir un service permettant de substituer à la voiture privée un système de location de voitures de petites dimensions, disponibles en libre-service. Ce service devait être en mesure de procurer à la population une mobilité à moindre coût, autant pour lindividu que pour la collectivité (Friedman, 1969). Il devait également être capable de sautofinancer. Le travail sest déroulé sur une période de 3 ans, entre 1967 et 1970. Un prototype de véhicule spécialement adapté à cette fin a même été développé. À la base, il sagissait dune Opel Kadett modifiée (Friedman, 1969). Le véhicule en question était de type hybride : il était doté dun moteur électrique et dun moteur fonctionnant à lessence (rappelons que tout ceci se déroulait à la fin des années 60...). Dabord conçu pour la circulation en ville, les dimensions du véhicule avaient également été réduites afin den minimiser lencombrement. Dallure plutôt contemporaine, si on le compare aux véhicules daujourdhui, le «Minicar» avait une longueur de 9 pieds (environ 2,74 m). Ceci correspondait à environ la moitié de la longueur des véhicules généralement vendus à lépoque. Il était haut de 59 pouces (1,5 m). Sa largeur, qui était de 78 pouces (environ 2 m), restait comparable aux automobiles standard. Le véhicule pouvait transporter trois passagers et pesait environ 3500 livres (environ 1587 kg) (University of Pennsylvania, 1970). Ces véhicules devaient être garés dans des stations appelées «terminaux», chaque terminal contenant une trentaine de voitures (Friedman, 1969). Tout le centre-ville de Philadelphie devait être desservi par ces «terminaux» et aucun point du centre ne devait se trouver à plus de 500 pieds (environ 150 m) du plus proche terminal (Friedman, 1969). Il était prévu que le système de facturation des véhicules soit automatisé. Les usagers du service auraient été dotés dune carte personnelle codifiée pouvant être lue par un lecteur localisé dans le «terminal» ou installé dans les véhicules. Cette carte aurait permis didentifier le conducteur du véhicule et, ce faisant, rendu possible la compilation automatique des données nécessaires pour facturer le service aux usagers, une fois par mois. Deux grilles tarifaires visant des clientèles distinctes ont été élaborées. La première, destinée à combler les besoins des banlieusards utilisant un véhicule pour se rendre à leur travail, consistait en un tarif mensuel fixe. La seconde consistait à facturer les déplacements à lunité en tenant compte du temps dutilisation du véhicule et du nombre de kilomètres parcourus. À la suite dune multitude de sondages et danalyses qui ont abordé autant les questions techniques que les questions économiques, sociales ou politiques associées à la mise sur pied de ce système de transport, les conclusions de létude conduite par lUniversité de Pennsylvanie (celle-ci incluait une étude de faisabilité) furent les suivantes :
Selon les auteurs de létude, plusieurs modes de gestion étaient envisageables pour opérer un tel service : il aurait pu sagir, par exemple, « dun service public classique géré par les pouvoirs publics, dun service public géré par le privé mais réglementé, ou dun service privé non réglementé » (University of Pennsylvania, 1968). La recommandation des auteurs du rapport, à cet égard, était de profiter au maximum des avantages du secteur privé, tout en suggérant à lÉtat délaborer les incitatifs nécessaires pour que le service atteigne son développement optimal. Une intervention minimale des pouvoirs publics était jugée nécessaire, cependant, car à défaut de ce faire on craignait quun service totalement abandonné au secteur privé soit maintenu à un niveau de développement socialement sous-optimal. Il avait été estimé, en effet, que le retour sur linvestissement maximal, par unité de capital investi, aurait été atteint, à Philadelphie, avec une flotte comptant entre 3000 à 5000 « Minicars », alors que les besoins estimés par les chercheurs pour maximiser les avantages du système pour la collectivité nécessitaient plutôt la mise en service dune flotte denviron 26 000 véhicules (University of Pennsylvania, 1968). Malgré lintérêt de ses conclusions et la pertinence de ses recommandations, le projet « Minicar Transit System » a été interrompu, soudainement, en 1969. Nous navons pu déterminer pourquoi lUMTA, qui en constituait le principal bailleur de fonds, sest retiré du projet. Cette situation a cependant fait en sorte que des pans entiers du travail planifié nont pu être complétés. Cest le cas, notamment, du projet-pilote initialement prévu, et qui a dû être annulé (University of Pennsylvania, 1970). Cette étude reste malgré tout dun grand intérêt encore aujourdhui, ne serait-ce que pour le caractère non équivoque des conclusions auxquelles sont arrivées les chercheurs qui y ont participé. Autre fait notoire : ce projet était loin de constituer une initiative isolée. En effet, les expériences-pilotes réalisées en France et en Hollande, lont été à peu près à la même époque. Au Japon, également, la compagnie Toyota sintéressait, elle aussi, à la «voiture partagée» (Oka, 1973). Ainsi, au début des années 70, la possibilité de développer un système de transport reposant sur une formule de voiture à usage public constituait une idée à la mode dans les milieux spécialisés. Suffisamment, du moins, pour amener les autorités compétentes à subventionner la recherche dans ce domaine, et ce dans plusieurs pays. En guise de conclusion sur le projet «Minicar», on se doit de souligner les similitudes entre la proposition des chercheurs de lUniversité de Pennsylvanie et celle de Fishmann et Wabe (1969). La formule préconisée reprenait également des éléments de la proposition de dWelles (1951), notamment en ce qui concerne la conception dun véhicule dit «banalisé», adapté pour circuler en ville. Contrairement aux projets de Montpellier et dAmsterdam dont il sera maintenant question, et qui furent les premiers exemples de mise en opération de tels systèmes, le concept de «voitures partagées» élaboré par les chercheurs américains ne visait pas quà desservir le centre-ville. Il était même prévu, dans le cadre de ce projet, que les bénéfices tirés de la facturation à lunité des trajets effectués par les citadins servent à subventionner les pertes associées au tarif fixe accordé aux banlieusards; ceux-ci effectuant surtout des déplacements de type pendulaire (University of Pennsylvania, 1970). Autre différence, le service élaboré ici visait véritablement à offrir une alternative à la propriété dun véhicule. On entrevoyait même la possibilité de combiner les avantages de ce système avec les services de location à court terme conventionnels existants (University of Pennsylvania, 1968). Ceci afin de permettre laccès à dautres types de véhicules, au besoin. Or, on sait que ce type de partenariat constitue ni plus ni moins la norme aujourdhui... Nulle part, cependant, dans les plans de mise en oeuvre du projet « Minicar », il nétait question de mettre sur pied un service pour réserver les véhicules. Il sagissait dun système en libre-service dans le plein sens du terme. On préférait miser, à la place, sur un dispositif de contrôle destiné à permettre la redistribution des véhicules aux endroits où la demande laurait nécessité. Il était prévu, également, que les usagers du service puissent remettre le véhicule emprunté à nimporte laquelle des stations du réseau. On sait aujourdhui que ces choix se sont révélés, jusquici, trop onéreux pour être viables, sur le plan économique. Sans en être la copie conforme, donc, le projet « Minicar » innovait cependant à plus dun titre et fournissait, avant la lettre, une esquisse des plus fidèles des services dauto-partage qui allaient se multiplier dans le monde, à partir de la fin des années 80. ...à suivre Bibliographie |
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