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À
PROPOS DE CIRCULATION URBAINE...
par
Jacques d’WELLES, Ingénieur, É.C.P. Architecte-Urbaniste
OUS
SOMMES CONVIÉS par notre ami Jacques d’Welles à un
voyage dans... la quatrième dimension. Qu’il nous pardonne
d’avoir l’air de le plaisanter : en fait, sous des dehors
parfois humoristiques, sa suggestion garde un grand fond de sagesse.
Une « C.A.E. »
— la mode est aux initiales, mais il n’est pourtant pas inutile
de traduire — une C.A.E., c’est-à-dire une « capitale
ancienne évoluée » (Paris, par exemple), préoccupée
par le problème de plus en plus inextricable de la circulation
automobile, a favorisé la création — pourquoi pas ?
— d’une « Société de transports en
commun » dont le but essentiel est d’offrir au citadin
la possibilité de se dégager précisément du
moyen de transport en commun classique, par autobus ou chemin de fer dit
métropolitain, en lui permettant de se servir de voitures individuelles.
Faute d’un nom plus court,
sa « société » a désigné
ses véhicules — sans essayer de jouer uniquement sur les
initiales : V.I.B.E.M.M.P., difficiles à prononcer :
« voitures individuelles banales électro-mono-minima-place »...
Et M. d’Welles présente à nos lecteurs les
motifs qui ont plaidé en faveur de la création de cette
société, la manière dont elle a été
constituée, et la faveur enthousiaste dont sa « citadine »
a été accueillie par les utilisateurs...
1° CONSTATATIONS
PRÉALABLES À LA CONSTITUTION DE CETTE
SOCIÉTÉ
ET QUI ONT CONDUIT À SA CRÉATION
E
NOMBRE des voitures automobiles augmente selon une progression irrésistible.
À chaque augmentation du parc de 1.000 voitures visiteuses correspond
la nécessité de trouver des kilomètres de trottoir
d’accostage nouveaux.
Le nombre de permis ne cesse de croître aussi. Il est facile, il
est banal, il est courant de conduire : c’est à la portée
de n’importe quel adolescent. On commence à prêter
sa voiture que l’on croyait seul capable de conduire autrefois.
La circulation devient de jour en jour plus difficile.
Les exigences des affaires et les mœurs d’indépendance
tendent à rendre chaque individu proprtiétaire d’une
voiture.
Cette voiture est encore « à tout faire » :
courses en ville et tourisme au dehors, quand l’avion et le bateau
sont bien plus différenciés.
Cette voiture à quatre, cinq ou six places, à surface considérable,
à vitesse importante, est pour 80 % de son trajet kilométrique
occupée par une ou deux personnes (voir statistiques de comp[tage :
50 % des voitures roulent une seule personne). Elles encombrent la
chaussée chacune cent fois ou deux dents fois plus qu’un
piéton (surface multipliée par vitesse : S x X). C’est
un abus au profit de privilégiés et c’est un gaspillage
d’essence inouï.
Cette voiture encombrante en marche s’oppose davantage encore à
l’aisance de la circulation quand elle est en stationnement. Elle
est alors le bouchon dans la conduite du flux circulatoire.
Le stationnement est l’obstacle majeur à ce flux. Aujourd’hui,
il interdit à la plupart des usagers de l’auto l’avantage
primordial attendu de ce moyen de transport : le trajet de porte
à porte. On ne sait plus jamais si l’on pourra s’amarrer
devant une pporte d’entrée déterminée.
En conséquence, il faut prendre des mesures draconiennes si l’on
veut maintenir tous lesw avantages qui étaient, il y a vingt ans,
ceux de l’usage de l’auto et qui sont grognotés chaque
jour.
2° MESURES RÉVOLUTIONNAIRES
QUI ONT ÉTÉ PRISES DANS LA
VILLE C.A.E. AVEC LE CONCOURS DE L’ADMINISTRATION
MUNICIPALE (Le passage de l’ancien désordre
à cet état a été
obtenu progressivement).
PRÈS
AVOIR, mais vainement, limité le stationnement en l’autorisant
les jours pairs et les jours impairs aux voitures dont les numérois
sont pairs ou impairs sauf règlementation, le stationnement a été
interdit en principe et réglementé d’abord selon les
heures et aboli par paliers.
Le stationnement dans les cours intérieures, les garages et certaines
caves des immeubles anciens a été encouragé et organisé.
Les immeubles neufs ont été tenus de construire, en prévoyant
cours, caves et terrasses, d'absorber dans des stationnements ou garages
ménagés à cet effet, toutes les voitures citadines
de leurs occupants, plus un pourcentage déterminé correspondant
à leurs visiteurs.
La voilure spéciale de ville, la « citadine »,
a été créée, monoplace, vitesse limitée,
sans klaxon, sans gaz brûlé, silencieuse.
Elle a joui d'abord de privilèges quant à la circulation
et à l'impôt. Elle est du type autoshooter de manège
de foire, électrique, tournant sur elle-même, couverte, de
forme circulaire en plan.
Son poids et sa forme lui permettent d'accéder à des monte-charge
verticaux de faible encombrement desservant des garages en hauteur et
en profondeur, publics et privés.
Elle a pu, du jour au lendemain, grâce à sa rotation et sa
faible surface, utiliser comme lieu de stationnement toutes les cours
intérieures des immeubles de quatre ou cinq arrondissements de
la capitale que, en raison de leur rayon de braquage, les automobiles
de tourisme ne pouvaient pas utiliser.
La voilure de tourisme a été reléguée en grande
majorité dans de vastes garages situés à la naissance
des autostrades, à la périphérie de la cité.
Sa circulation en ville a été réglementée
: heures et voies.
3° ORGANISATION
DE LA SOCIÉTÉ DE TRANSPORT EN
COMMUN INDIVIDUEL
A
SOCIÉTÉ, subventionnée par la Ville, a acquis des
terrains et construit des garages :
Garages de ceinture pour les voitures de tourisme;
Garages de ville pour la « citadine ».
Ces derniers garages, de surface réduite à cause de la forme
spéciale de la « citadine », sont disposés
de distance en distance, comme les stations d'autobus, les stations de
taxis, et les stations de métro, non pour les doubler mais pour
compléter le réseau de station de transports en commun.
Ils sont disposés en hauteur et en profondeur.
Ils contiennent chacun le nombre — calculé d'après
la clientèle du quartier — de « citadines »
nécessaires, appartenant à la société.
Dans la station garage, elles se succèdent, chaîne verticale
ou horizontale, prêtes à rouler, chargées au maximum
(le combustible électrique national ne pouvant être volé),
taximètre et horloge réglés au compteur.
Un abonné à la Société se présente,
il monte dans la première « citadine » disponible,
son carnet d'abonné est pointé, avec inscription de numéro
de la « citadine », de I'heure, du kilométrage,
etc.
Il s'en sert à sa guise soit pour faire des courses successives,
soit en la gardant en stationnement intérieur (ou extérieur
autorisé) soit en faisant des courses simples, successives. mais
en remisant après chacune d'elles sa voiture à une station-garage
de la Société.
Chaque fois qu'il remet sa voiture à une station et qu'il en reprend
une nouvelle à une autre, son carnet est pointé avec inscription.
À la fin du mois, il reçoit sa note de transport, comme
sa note de consommation de gaz.
Veut-il aller à la campagne ? Il téléphone à
la Société, à son garage de ceinture — ou bien
la Société lui fait mener sa voiture de tourisme à
domicile aux heures de stationnement autorisées — ou bien
la Société vient le prendre lui et sa famille avec une voiture
omnibus de la Société de la capacité voulue, autorisée,
elle, à stationner devant sa porte et qui l'amènera pour
un transbordement au garage de ceinture où sa propre voiture est
remisée.
Il a été constaté que les conducteurs abonnés
usagers ont respecté les voitures « citadines »,
que les accidents ont été rares, que la conduite de la voiture
électrique étant d'une simplicité totale, les réparations
au mécanisme n'ont pas entraîné de gros frais.
Naturellement tout un système d'assurances. d'enquête au
sujet de l'abonné conducteur, de contrat avec lui, de versements
de cautionnement, d'inviolabilité des compteurs, etc., a ôté
organisé.
Enfin, la municipalité, renonçant aux parkings souterrains
publics qui suppriment le porte à porte, mais développent
le garage rue souterraine, le garage linéaire tunnel avec émergences
routières rares, mais émergences piétons —
escaliers nombreux, servant le jour à la circulation et au stationnement,
la nuit au garage surveillé et loué (d'où rentabilité),
la municipalité s'engageant à fond, a encouragé la
formation de la Société par des concours financiers, aide
à expropriations, prix de vente du courant, etc., et concédé
des privilèges de stationnement à ces « citadines ».
Celles-ci ont été aussitôt adoptées par le
particulier qui a trouvé en elles l'aboutissement de la tendance
qui le jette sur la 4 CV Renault et le Vélo-Solex... avec l'avantage
de J'abri d'une carrosserie fermée.
Ces voitures, consommant les kilowattheures du plan Monnet, ont soulagé
les arbres de Paris et les poumons des habitants (particulièrement
des enfants et des chiens au ras du sol) du dommage de respirer le CO2
el le CO provenant de la combustion des moteurs au ralenti... et leurs
oreilles, du tonnerre roulant au loin, des moteurs à explosion.
4° CONDITIONS QUI
ONT ÉTÉ RÉUNIES POUR ASSURER LA RÉUSSITE DE
CETTE OPÉRATION.
a) L'adhésion confiante et complète de la Préfecture
de Police, Direction circulation à cette Innovation;
b) L'adhésion et le consentement au risque de trois constructeurs
: celui de la voiture, celui du moteur électrique, celui des accumulateurs;
c) La Constitution du capital nécessaire à l'équipement
d’un premier secteur de la ville C.A.E.
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